Les prétendus sacrements de ce qui n’est pas l’Église sont invalides !

 

Critique d’un article1 intitulé

 

« Les sacrements de l’Eglise sont valides ! »

 



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Notre présente critique pourrait, du reste, être titrée :

« Les prétendus sacrements de ce qui n’est pas l’Église sont invalides ! »



par J-P. Bontemps2

 



  Nous avons d’ailleurs là, toute notre argumentation : s’il est démontré (comme c’est précisément le cas) que Paul VI, qui a institué les prétendus “nouveaux sacrements”, n’était pas Pape (du moins ne l’était pas formellement), ce n’est donc pas l’Église par la voix de son Chef visible qui les a institués, ce n’est en conséquence pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, son véritable Chef, qui l’a fait, et, par conséquent, ces prétendus “nouveaux sacrements” sont tous invalides puisque ne peuvent être valides que ce qui est institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

La démonstration du fait que Paul VI (et ses successeurs qui suivent la même ligne vaticandeuse) ne soit pas formellement pape, a été faite ailleurs et nous n’y reviendrons pas ici, cela n’étant pas l’objet de la présente critique.

 

Cela dit, et malgré notre entrée en matière tranchant d’emblée le problème, il nous faut entrer dans le détail, autant que cela nous est possible, de cette sottise qui voudrait que les prétendus “nouveaux sacrements” émanant de Vatican II soient valides.

 

1.       Nous lisons, dans le premier §, ceci : « […] On les a tellement modifié[sic ! : lesprétendusnouveauxsacrements”] répètent les sédévacantistes, que la plupart d’entre eux sont devenus inefficaces et invalides.[…] »

 

C’est là un singulier raccourci, totalement partiel dans son exposition de la position dite “sédévacantiste” !

Car non seulement cette exposition est partielle mais, au regard de ce que nous disions dans notre entrée en matière, nous voyons qu’elle est entièrement fausse, du moins pour les vrais “sédévacantistes” : elle ne peut éventuellement être exacte que pour des sentimentaux attachés exclusivement aux formes passéistes sans porter attention aux considérations théologiques.

 

D’emblée, donc, nous voyons le niveau faible et ridicule de cette analyse de la position “sédévacantiste” et de la défense de la validité des prétendus “nouveaux sacrements” !…

 

2.       Toujours dans ce premier §, et encore à propos des “sédévacantistes”, nous trouvons également cette dernière phrase : « Plus grave encore, quelques-uns soutiennent l’idée selon laquelle Benoît XVI ne serait pas Pape parce que non validement consacré évêque. »

 

Cela aussi est un singulier raccourci ! car s’il est vrai que certains “sédévacantistes” soutiennent cette thèse, il en est beaucoup qui ne se fondent pas sur cette hypothèse pour démontrer (et ils le démontrent) que, non seulement Benoît XVI mais tous ses prédécesseurs depuis au moins Paul VI (pour certains depuis Jean XXIII), ne sont pas papes (au moins formaliter) et cela, non en raison du fait qu’ils n’étaient pas évêques mais parce que ce qu’ils ont fait, notamment par le conciliabule vaticandeux et ce qui en a toujours suivi, un véritable Pape ne peut pas le faire…

 

A partir de là, la suite de l’article s’écroule comme un château de cartes…

Car si c’est un véritable Pape qui a institué les “nouveaux sacrements”, alors oui, « Déclarer invalide un sacrement conféré dans l’Église catholique, selon le rite nouveau décrété par l’Autorité romaine, est inconcevable : cela revient à convoquer le Juge suprême au tribunal privé de notre conscience ! »

Mais si ce n’est pas un Pape (formaliter) qui les a institués alors c’est injurier « le Juge suprême » que de faire semblant de reconnaître qu’ils viennent de Lui et ainsi, « cela revient à convoquer le Juge suprême au tribunal privé de notre conscience ! »…

 

Tout le reste, nous nous en moquons éperdument : ce n’est que du baratin !…

 

Notons toutefois ces quelques autres remarques :

 

3.       Si « Le développement des rites est normal et traditionnel » (éventuellement, c’est-à-dire sous certaines conditions qui n’en changent pas la nature) au sein de l’Église Catholique dirigée par un véritable Pape (formaliter pour certains), cela est absolument faux dans le cadre, non d’un « développement » mais du bouleversement radical engendré par Vatican II qui a changé la nature même des rites.

 

4.       « Le Souverain Pontife a tout pouvoir, de par les promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de réformer les rites sacramentels sans que la validité en souffre » (à condition de n’en pas changer la nature – mais, à dire vrai, un véritable Pape ne le peut), oui !

Mais non celui qui, comme il est démontré pour Paul VI, n’est pas formellement Pape…

 

5.       « Juger soi-même de l’invalidité des rites à l’encontre de l’Autorité et de l’usage de “l’Église qui était, est et sera toujours l’infaillible interprète et fidèle législatrice des volontés de Notre-Seigneur”, revient à renier la foi en la Sainte Église catholique, article de notre Credo », oui !

Mais juger soi-même, ou par une pseudo-autorité, de la validité « des rites à l’encontre de l’Autorité et de l’usage de “l’Église qui était, est et sera toujours l’infaillible interprète et fidèle législatrice des volontés de Notre-Seigneur”, revient à renier la foi en la Sainte Église catholique, article de notre Credo », est tout aussi vrai contre les tenants de la thèse du Pape toujours véritablement présent…

 

6.       L’affirmation : « Les prêtres ordonnés selon le nouvel Ordo, sont effectivement prêtres », est une pétition de principe qui n’est pas, dans ce document, démontrée : c’est une affirmation gratuite !

Or, ce qui s’affirme gratuitement, se nie tout aussi gratuitement…

Mais, de plus, nous prétendons démontrer ci-dessus la fausseté d’une telle affirmation !…

 

Dans le paragraphe qui suit immédiatement cette pétition de principe, nous trouvons ceci :

 

7.       « Les sacro-saints rites ont été changés, il est vrai, et on peut le regretter énormément, mais n’imaginons pas que désormais des milliers de faux prêtres et de faux évêques, voire un faux pape, sont en circulation depuis qu’il y a eu des ordinations selon le nouveau rite !Une accusation aussi démente mène droit au sédévacantisme que nous avons fermement dénoncé dans ses dangers et funestes conséquences, et conduit à la conclusion que l’Église romaine n’existe plus aujourd’hui, affirmations absolument inacceptables, foles[sic] et terrifiantes, car cela signifierait que Satan est vainqueur et a triomphé du Christ ! »

 

a)       « que désormais des milliers de faux prêtres et de faux évêques, voire un faux pape, [soient] en circulation » est une accusation qui n’est « démente » que dans l’esprit partisan de l’auteur dont on ne connaît pas même l’identité, puisqu’il n’a pas le courage du témoignage de la Foi ! Et pour cause : il a “foi” en les faux papes vaticandeux…

 

b)       Que cette accusation (fondée et raisonnable) « mène droit au sédévacantisme », cela est non seulement possible, mais c’est tant mieux ! Les “papes” vaticandeux n’étant pas formellement Papes !

 

c)       Les « funestes conséquences », si elles peuvent malheureusement exister avec certains sédévacantistes excessifs, sont également d’une réalité mortifère avec tous les partisans de la thèse du Pape toujours véritablement présent…

 

d)       Que cette accusation (fondée et raisonnable) puisse « [conduire] à la conclusion que l’Église romaine n’existe plus aujourd’hui, affirmations absolument inacceptables, folles et terrifiantes, car cela signifierait que Satan est vainqueur et a triomphé du Christ », n’est (malheureusement) vraie qu’avec certains sédévacantistes excessifs et, en tout cas, pas avec ceux qui font la distinction classique (tirée de saint Robert Bellarmin) conforme à la philosophie scolastique et plus précisément thomiste ainsi qu’au réalisme aristotélicien, de la matière (seconde : la personne élue par le conclave) et la forme du Pontificat accordée par Dieu Lui-même à l’élu du conclave sous certaine condition (l’acceptation réelle de la charge pontificale, sans hypothèque d’un obex caché faisant opposition à la réception de cette forme), ni avec ceux qui, ne faisant pourtant cette distinction ardue à concevoir, ne rejettent cependant pas de façon sectaire la position de ceux-là.

En un mot, la dernière phrase de ce paragraphe manque singulièrement de… distinctions, précisément !…

 

Autres observations :

 

8.       Comment, si « la Réforme liturgique dans son ensemble, la réforme des rites du sacrement de l’ordre incluse, est moralement inacceptable et s’éloigne de façon impressionnante de la foi catholique telle qu’elle a été définie par le Concile de Trente », peut-elle être l’œuvre d’un Pape (véritable) ?

 

N’est-ce pas là « Juger soi-même [du bien fondé] des rites à l’encontre de l’Autorité et de l’usage de “l’Église qui était, est et sera toujours l’infaillible interprète et fidèle législatrice des volontés de Notre-Seigneur”, revient à renier la foi en la Sainte Église catholique, article de notre Credo » et tomber ainsi sous le coup de la condamnation de la 78ème proposition du synode de Pistoie ?

 

En effet, ce synode, tenu à Pistoia (Toscane) en 1786 et inspiré par le fébronianisme (doctrine opposée aux prérogatives du Saint Siège) et le jansénisme, avait édicté dans sa 78ème proposition ceci :

« dans chaque article3, il faut distinguer ce qui se rapporte à la foi et à l’essence de la religion de ce qui est propre à la discipline ; …dans cette discipline même, il faut distinguer ce qui est nécessaire ou utile pour retenir les fidèles dans le bon esprit, de ce qui est inutile ou trop pesant pour la liberté des enfants de la nouvelle alliance, et encore plus de ce qui est dangereux et nuisible, comme conduisant à la superstition et au matérialisme. »4

 

Cette proposition fut donc condamnée en 1794, avec 84 autres, par le Pape Pie VI dans sa Bulle valant Constitution Apostolique, Auctorem fidei, pour le motif suivant :

« “parce que, par la généralité de ses expressions, elle inclut et soumet à l’examen prescrit même la discipline constituée et approuvée par l’Eglise, comme si l’Eglise, qui est régie par l’Esprit de Dieu, pouvait constituer une discipline non seulement inutile et même plus onéreuse que ce que permet la liberté chrétienne, mais encore dangereuse, nuisible, conduisant à la superstition et au matérialisme”5.

 

« Pour ces raisons 3, la proposition de Pistoie a été condamnée comme :

« “fausse, téméraire, scandaleuse, pernicieuse, offensante pour les oreilles pies, pour l’Eglise et pour l’Esprit de Dieu par qui elle est régie, injurieuse, au minimum erronée”. »

 

Comment, dès lors, ne pas considérer cette proposition proclamant d’une part que « la Réforme liturgique dans son ensemble, la réforme des rites du sacrement de l’ordre incluse, est moralement inacceptable et s’éloigne de façon impressionnante de la foi catholique telle qu’elle a été définie par le Concile de Trente », et d’autre part que cette « Réforme liturgique dans son ensemble, […, cette] réforme des rites du sacrement de l’ordre incluse » est cependant l’œuvre d’un véritable Pape, comment ne pas la considérer, demandé-je, comme « fausse, téméraire, scandaleuse, pernicieuse, offensante pour les oreilles pies, pour l’Eglise et pour l’Esprit de Dieu par qui elle est régie, injurieuse, au minimum erronée » ?…

 

Voilà où mène cette position incohérente de nos “traditionalistes” partisans de la thèse du Pape toujours véritablement présent…

 

9.       « ce qui fait un Pape c’est son élection par le conclave » : FAUX !

Ce qui fait un Pape c’est la réception par l’élu du conclave de la forme du pontificat accordée par Dieu Lui-même à cet élu sous certaine condition (l’acceptation réelle de la charge pontificale, sans hypothèque d’un obex caché faisant opposition à la réception de cette forme) comme l’a défini saint Robert Bellarmin (De Romano Pontifice, Lib. II, cap. 30) : « …cardinales dum pontificem creant, exercent suam auctoritatem, non supra pontificem quia nondum est, sed circa materiam, idest circa personam quam per electionem quodammodo disponunt, ut a Deo pontificatur formam recipiat ; … » (« …les cardinaux, lorsqu’ils créent un Pontife, exercent leur autorité non sur le Pontife, puisqu’il n’est pas encore, mais sur la matière, c’est-à-dire sur la personne qu’ils disposent en quelque manière par l’élection, pour qu’elle reçoive de Dieu la forme du Pontificat ;… » – Du Pontife Romain, L. II, c. 30. – Cité par M. l’abbé Bernard Lucien qui souligne, in CAHIERS de CASSICIACUM n° 2 de Novembre 1979, “note  sur la distinction ‘materialiter – formaliter’ ”, p. 83.)

 

10.    « Par conséquent, si le rite de la Messe et celui des sacrements, y compris celui de l’ordination épiscopale, qui ont été promulgués après Vatican II par un Pape légitime, et c’est bien le cas pour tous ceux qui se sont succédés sur la chaire de Pierre depuis 1962[pétition de principe entièrement gratuite qui se nie tout aussi gratuitement et dont nous prouvons d’ailleurs le contraire !…], ces rites sont, bien que douteux et hautement contestablessur le plan liturgique – ceci est certain – des rites de l’Eglise catholique, ils ne peuvent être ni illicites ou encore moins invalides. Les prêtres selon le nouvel Ordo sont donc effectivement prêtres, les évêques entièrement évêques et les sacrements qu’ils célèbrent, les ordinations qu’ils effectuent, parfaitement valides et authentiques»

 



Des rites « douteux et hautement contestables » doivent être tenus, en vertu du tutiorisme requis en matière sacramentelle, pour invalides !

En conséquence, « Les prêtres selon le nouvel Ordo doiventdonc effectivementêtre tenus pour non-prêtres, les évêques pour non-évêques et les sacrements qu’ils célèbrent, les ordinations qu’ils effectuent, pourparfaitement invalides et pour non-authentiques

 

En conclusion, cet article est un tissu de sottises, d’à-peu-près, de parti pris, un ramassis d’incompétence et d’ignorance crasse, et n’est bon qu’à être jeter à la poubelle !



J-P. Bontemps



2 Que nous remercions pour l'envoie de cette réfutation !

3 (proposé par notre Mère la Sainte Eglise catholique. Note de JPB.)

4 Cité par M. l’abbé Bernard Lucien, supplément au N° 2 des Cahiers de Cassiciacum, p. 5, note 6.

5 Souligné en italiques par l’abbé Lucien, op. cit., ibidem.